Journaliste, passe ton chemin !

Image d’illustration réalisée à Montpellier en 2009.

Image d’illustration réalisée à Montpellier en 2009.

J’étais parti pour pousser une gueulante contre l’accueil assez lamentable réservé à mes camarades journalistes présents à Notre-Dame-des-Landes. Mais Gaspard Glanz a signé un excellent édito pour RennesTV, auquel je ne vois rien à rajouter. Ou presque. Si je suis moins nuancé, je ne peux que vous recommander de lire son papier.

RennesTV, je les ai découvert mi-octobre. Depuis, ils se sont distingués par une production régulière et de qualité sur la « zone à défendre » (ZAD), contribuant largement à populariser la lutte des « Occupants » contre le projet d’aéroport. Voyez leur dernier film pour vous en convaincre, Opération Astérix. On se sent mieux après… Dès le début, leurs vidéos m’ont donné envie d’être de cette aventure. En tant que photographe, pour témoigner, même si je n’ai jamais caché ma sympathie pour ce petit Larzac. Les films, les récits et les images d’autres journalistes, ont motivé de nombreux amis pour faire le déplacement et prêter main forte. Preuve s’il en fallait que leur présence est indispensable pour gagner une bataille médiatique et faire nombre.

Mais voilà. Si je n’ai pu me rendre à la ZAD, les retours de mes confrères ont été très durs : « Ils ne nous laissent pas travailler, c’est tendu dès qu’on sort un appareil photo. » Ou encore : « Nous avons été pris à partie, menacés physiquement ainsi que notre matériel. » Un collègue qui a couvert la révolution égyptienne, et dû composer avec les salafistes, n’a pas hésité à parler de « commission de presse stalinienne » et dénoncer des « visites guidées ». Comme en Corée du Nord, quoi ! Un cauchemar pour les journalistes, qui pour l’immense majorité de ceux que je connais, souhaitaient témoigner de la vivacité de la lutte sur la ZAD, de ses justes revendications, et donner aux citoyens un regard différent de celui de la messe du Vingt heures.

Sans faire connaître leur lutte, les « Occupants » n’ont aucune chance de protéger le bocage auquel ils tiennent tant, quelle que soit leur détermination. Les CRS les délogeront aussi vite que les pelleteuses abattront la forêt, et sans le moindre témoin. Et pourtant, même après l’édito assez virulent de Gaspard Glanz, il s’est trouvé quelques défenseurs de cette manière de faire : se protéger des journalistes, c’est indispensable dans un souci d’anonymat… Comme si se protéger nécessitait de menacer ! Comme si les cagoules, les foulards et les masques de Guy Fawkes n’avaient pas été inventés ! Comme si les journalistes étaient tous des informateurs, directs ou indirects, du pouvoir ! Sur Breizh Journal, j’ai lu ceci : « Une physionomiste de la DCRI travaille depuis deux ans sur le site à identifier les divers occupants de la zone, légaux ou non. » Ce dont je ne doute pas. Mais elle travaillera avec ou sans la presse…

Camarades libertaires et autonomes, cessez votre paranoïa ! Ou plutôt, faites la part des choses ! Inutile d’insulter des journalistes, qui pour une large part des indépendants sont le lumpenprolétariat de la presse, vivant souvent plus du chômage et des aides sociales que de leurs piges ! Faut-il souligner qu’étrangement, ces mêmes journaleux ont une fâcheuse tendance à servir de cibles aux CRS et autres gardes mobiles, qui moins que vous encore, n’apprécient les témoins ? Faut-il vous rappeler que bien souvent, lorsqu’une affaire judiciaire éclate, mettant sur la scène publique de prétendus anarcho-terroristes autonomes « tapis dans l’ombre », c’est la conséquence d’informations qui viennent de vos rangs ? Commencez donc par faire le ménage chez vous !

Je ne peux que vous conseiller de relire ce papier de Camille Polloni, qui rappelle que les infiltrés sont dans les manifestations à vos côtés, dans vos squatts et vos contre-sommets, plus souvent que dans la presse. Et vous inviter à un peu plus de mesure sur le terrain. Sans quoi il ne sera plus question de faire remarquer que le point Godwin a été touché : le contrôle de l’information et la stigmatisation des journalistes, c’est le début du fascisme. Point barre.

► Mise à jour du 25 novembre :

– Dans les coulisses du métier, un papier du blog de l’AFP, signé Jean-Sébastien Evrard : Brouillard lacrymogène en forêt profonde (Making-of, 25/11/12)

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4 réflexions sur “Journaliste, passe ton chemin !

  1. Victor dit :

    Merci pour cet article. C’est la réponse la plus raisonnée et complète que j’ai pu lire pour l’instant à l’édito de RennesTV.

  2. Xavier dit :

    Merci Victor ! 🙂

  3. Quarante dit :

    Très bonne analyse. Pour ma part, et pour être allé plusieurs jours sur la zone, je crois que globalement, les zadistes ont tout à fait raison d’être parano, au moins très méfiants quand ils voient un journaliste débarquer. Ce qui nous gêne sans doute, c’est l’idée qu’ils – ou du moins certains – préfèrent se passer de nous que de prendre le risque – assumé par les occupants légaux – de voir leur message détourné, leur image caricaturée. Et, même si on peut leur reprocher une certaine forme d’autoritarisme primaire, on peut aussi tirer de tout ça un objet de réflexion personnelle et collective je trouve.

  4. Xavier dit :

    Merci Quarante ! J’en profite pour préciser mon propos, suite à ton message et à une discussion cet après-midi.

    Je comprends le point de vue des zadistes, et je le respecte. Dans le contexte où ils se trouvent, l’anonymat est sans doute une nécessité. Mais une attitude méfiante ne doit pas pour autant devenir agressive. Il y a certes les médias, terme dont on se sait plus trop ce qu’il veut dire, qui représenteraient une forme de désinformation. Il y a aussi les petites mains du journalisme, les crevards qui font des sujets en indépendant, donc sans aucune garantie de publication, donc bien souvent à perte. C’est aussi une forme d’engagement, ne serait-ce que dans le choix des sujets.

    La question que doivent se poser les zadistes est la suivante : peuvent-ils gagner sans aucun relais médiatique ? espèrent-ils tenir tête à l’État et à sa police sans le soutien d’individus, d’associations, de regroupements informels de personnes qui partagent avec eux un certain nombre de valeurs et assez de détermination pour faire échouer ce projet d’aéroport ?

    Je pense que non. C’est mon opinion de citoyen qui s’oppose à cet aéroport. Mais aussi celle du photographe qui fait le constat que les journalistes font autant de « bonne » que de « mauvaise » promotion des actions militantes. Cela dépend aussi du comportement des militants, de leur aptitude à se servir des médias pour promouvoir leurs idées. Et là, je persiste et je signe : les zadistes sont en train de merder.

    Ce qui n’empêchait pas un certain nombre d’entre eux de rechercher la protection des journalistes ce matin, quand les CRS ont déboulé. Hypocrisie, quand tu nous tiens… 😉

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