Archives Mensuelles: janvier 2013

Le photojournalisme, ce loisir…

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, février 2012.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, février 2012.

Le photojournalisme, c’est connu, est un loisir assez chouette, pour ne pas dire fun : l’occasion de boire des coups avec des célébrités et de voyager dans des hôtels prestigieux autour du globe. La vie de rêve, quoi !

Enfin presque…

Comme tout le monde n’est pas né dans un palais, certains cherchent à se faire payer pour cette activité. Du moins par les professionnels. Un grand nombre de collègues fait preuve, en effet, d’une grande tolérance à l’égard des nombreux blogs qui se servent de leurs photos pour se faire une petite promo en ligne. Que dire dans un tel cas ?

J’ai tendance à ne rien dire. Si quelqu’un, sur sa page personnelle, ne tire aucune sorte de profit de mes images, et ne les fait pas mentir, je m’en moque. Quelque part, ce n’est pas déplaisant. Une signature au bas d’une photo, par respect, comme pour tout auteur, et on laisse couler. N’étant pas convaincu du bien fondé du système actuel et longtemps contributeur sous licence Creative Commons, je me vois mal pousser ma gueulante contre un bonhomme pour une de mes photos sur son blog. Lire la suite

Publicités
Tagué , ,

Le Tage

Sous le pont du 25 avril, Lisbonne, décembre 2012.

Sous le pont du 25 avril, Lisbonne, décembre 2012.

« Ce Tejo est un être vivant dans lequel sont venus s’incruster, par une sorte de commensalisme réciproque, d’autres êtres vivants. Il y a entre lui et eux un dialogue, une conversation faite de silences, une communication muette du sang avec le sang, qui n’ont pas su se traduire en chansons et en histoires communes peut-être, suppose-t-on, parce que le peuple des rives traite son fleuve avec une familiarité excessive.

Le fleuve passe, l’homme est là, et ce passage constant, cette continuelle présence ont fini, au bout d’un certain temps, par s’installer dans une relation de besoin mutuel, dont l’homme, aujourd’hui ou demain vaincu, finira toujours par sortir vainqueur, parce qu’il est le plus patient des deux.

Ce fleuve, qui courait et chantait au Portugal déjà avant qu’il y eût un Portugal, a façonné le visage d’une terre, il lui a donné la beauté sereine des horizons, la mélancolie caractéristique des espaces libres et plans. Ici nous l’appelons Tejo, fleuve et mot, route d’eau, chemin mouvant où les enfants du temps faisaient naviguer leur bateaux de liège, sur lequel les vieillards d’hier et d’aujourd’hui posent les yeux, pour reconnaître, dans le fleuve qui passe, les signes du passage de leur propre vie. Aucune géographie ne nous l’apprend, aucun enfant ne pourrait l’apprendre, mais il arrive toujours un moment où nous découvrons que la vraie place des fleuves est dans la mémoire. » (José Saramago, premier Portugais à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, en 1998)

Tagué , ,

Najib

Sur la corniche de Casablanca, octobre 2011.

Sur la corniche de Casablanca, octobre 2011.

Je me demande parfois ce que je préfère : la photographie ou les rencontres qu’elle permet. Parmi elles, il y a Najib, un bonhomme avec un cœur énorme. Dans un rade minable de Casablanca ou sur la plage d’Aïn Diab, il nous arrivait souvent de refaire le monde autour d’un thé à la menthe. Je venais avec ma colère et lui avec son enthousiasme, mais le genre d’enthousiasme à faire passer la colère…

Najib était un puits de science, de ceux qui vous corrige dans votre langue maternelle et vous récite Molière en français comme en arabe classique. Il pouvait passer des heures à me raconter le Maroc, officiel ou refoulé : les grandes tribus juives, les comptoirs occidentaux sur les rives de l’Atlantique, le soulèvement des Sahraouis, la Régie marocaine du kif et du tabac, les bobos de Maârif, les magouilles du Makhzen… Il était aussi le seul à pouvoir me dénicher dans l’heure un anarchiste à Tanger ou un rabbin à Casa. Parce qu’il était ami avec l’un comme avec l’autre, le sectarisme n’étant pas son truc.

Puis vint l’automne, en novembre 2011. Un dernier coup de fil depuis l’aéroport, pour son anniversaire. Une affreuse mélodie de salle d’attente en fond sonore. Sa voix était faible et lointaine, mais ses paroles étaient claires : « Comme cadeau, tu me raconteras la Révolution égyptienne à ton retour… » Lire la suite

Tagué ,

Saudade

Rue de São Bento, Lisbonne, décembre 2012.

Rue de São Bento, Lisbonne, décembre 2012.

« Le Portugal est un pays où l’on est heureux, où je crois nous pourrions vivre agréablement. Il a pour lui le climat, les paysages, l’océan et aussi le climat moral d’un vieux et glorieux royaume européen avec de vastes colonies, un empire d’outre-mer. Comme la Hollande. En Europe, les petits États ont toujours été et seront toujours ceux où l’on vit le mieux. » (Valéry Larbaud)

Bref, j’ai découvert le Portugal cet automne, et j’en suis tombé amoureux. Je vous en reparlerai bientôt, en images…

Mais pour l’heure, un de mes coups de cœur, une plongée au début du XXe siècle : « Indiscutablement, les electricos sont vétustes, cahotants et ferraillants, mais sans ses tramways, Lisbonne perdrait son âme. Le réseau a été établi à partir de 1902, et c’est à se demander si certains trams, aux intérieurs de bois verni, ne remonteraient pas à ses origines… » (Jean-Noël Mouret, Le goût de Lisbonne)

Tagué , , ,