Le photojournalisme, ce loisir…

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, février 2012.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, février 2012.

Le photojournalisme, c’est connu, est un loisir assez chouette, pour ne pas dire fun : l’occasion de boire des coups avec des célébrités et de voyager dans des hôtels prestigieux autour du globe. La vie de rêve, quoi !

Enfin presque…

Comme tout le monde n’est pas né dans un palais, certains cherchent à se faire payer pour cette activité. Du moins par les professionnels. Un grand nombre de collègues fait preuve, en effet, d’une grande tolérance à l’égard des nombreux blogs qui se servent de leurs photos pour se faire une petite promo en ligne. Que dire dans un tel cas ?

J’ai tendance à ne rien dire. Si quelqu’un, sur sa page personnelle, ne tire aucune sorte de profit de mes images, et ne les fait pas mentir, je m’en moque. Quelque part, ce n’est pas déplaisant. Une signature au bas d’une photo, par respect, comme pour tout auteur, et on laisse couler. N’étant pas convaincu du bien fondé du système actuel et longtemps contributeur sous licence Creative Commons, je me vois mal pousser ma gueulante contre un bonhomme pour une de mes photos sur son blog.

Parfois aussi, l’utilisation d’une image est le fait d’une rédaction, d’une institution ou d’une boite qui fait de l’argent grâce à la publication de ses contenus. Là, c’est une autre affaire, et je suis moins conciliant. Qui plus est quand on tombe sur l’idiot utile – qui fera le bonheur de votre avocate – récitant le sempiternel « Mais vous comprenez, Monsieur, j’ai bien cherché à vous contacter, mais je ne savais pas comment procéder ! » Il est vrai qu’en général, les photojournalistes ne laissent ni leur mail, ni leur téléphone, ni pléthore de liens pour les joindre sur leur site. Il faut les comprendre, leur métier c’est d’appuyer sur un bouton, pas de réfléchir !

Entre les deux, il y a ceux que j’appelle les insolents. Qui se foutent de votre gueule, se font leur petite notoriété avec votre travail, sans vous citer bien entendu, et qui lorsque vous faites remarquer qu’il serait au moins courtois de créditer la photo, essayent de gueuler plus fort, de vous intimider ou de vous faire passer pour le salaud de service. Qui, au demeurant, font mentir votre travail, dans le cas présent une photo de Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier. Et lui donnent une coloration politique hors de propos, voire déplacée.

Un exemple ? « Veuillez excuser mon ignorance, maintenant s’il faut payer pour une photo, quel monde, quel honneur pour l’homme qui réclame tant pour si peu. Tant pis, piètre humanité, il n’y a que l’argent qui… » Et ces trois points de suspension qui me laissent songeur…

Du coup, j’ai beaucoup réfléchi. Et finalement, je dois admettre que je me suis trompé. Ce bougre a raison, oui, et je ne sais trop comment le remercier… Comment n’y ai-je pas songé avant ? Si je cherche à gagner deux ou trois sous avec mes photos, c’est que je suis à côté de la plaque ! Pourquoi vouloir faire un peu d’argent si ce n’est pour payer mon loyer, mon pain, mes factures ? Quand on y pense, ça ne tient pas la route !

Dès demain, j’adopterai donc l’attitude inverse : plutôt que de vouloir gagner un peu de fric, je n’en dépenserai plus ! A mon boulanger, je dirai : « Veuillez excuser mon ignorance, maintenant s’il faut payer pour un morceau de pain, quel monde, quel honneur pour l’homme qui réclame tant pour si peu. » Idem chez mon coiffeur, dix euros pour trois coups de ciseaux, c’est indécent !

Et je vous invite à en faire autant chez les commerçants de votre quartier, où que vous vous trouviez. Si vous souhaitez leur témoigner un peu de sympathie, vous pouvez quand même les citer, dire à vos amis que tel ou tel artisan fait du bon travail, mais sans jamais payer, bien sûr !

Allez ! on se donne rendez-vous dans un mois pour célébrer ce changement de paradigme…

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12 réflexions sur “Le photojournalisme, ce loisir…

  1. Très juste coup de gueule ! Etant moi-même blogueur et ayant l’avantage d’être un fondu de photo et équipé, j’arrive à m’auto-alimenter au niveau des ressources photo mais lorsque quelques fois je suis bien obligé de récupérer une photo d’actualité, le petit photographe du dimanche que je suis, cite toujours les sources en dessous des dites photos. Il existe encore des gens censés sur cette terre pour qui, ne serait-ce que demander l’autorisation d’afficher une photo (chose qu’on m’a demandé une fois ou deux, et que j’ai accepté avec grand plaisir) pour un site ou pour un autre support est une chose qui va de soit.

    Tout ce qui a trait de près ou de loin à de la création est de nos jours considéré comme gratuit puisque ça ne représente rien (sauf que rien + rien + rien + rien +…. ).

    Et encore, de mon point de vue ce n’est même pas une question d’argent mais uniquement de politesse et de juste retour des choses… On prend, on cite, point barre.

    Bon alors je vais tester ce soir l’humour de mon boulanger… 🙂

    Campaï !

  2. Oui joli billet, on en arrive à un stade où le photojournaliste va devoir prévoir maintenant d’intégrer un budget mensuel « d’avocat » pour pouvoir survivre !!!

    Ah si il pouvait exister une procédure d’urgence permettant par exemple de bloquer le site ou le blog d’une personne publiant une photo non créditée ou non payée, je suis sur que ce genre de comportement diminuerait rapidement !

    Bon courage à vous.

  3. Adil dit :

    Excellent article ! Je suis entièrement d’accord avec toi. La photographie est vraiment un des métiers les plus sous-évalués (sauf peut-être les journaliste de guerre).

    C’est vraiment triste que les personnes pensent que tu fais juste cela de ton temps libre en te baladant et juste en appuyant sur un bouton.

    Quoi qu’il en soit bonne chance !

  4. Cet excellent article a le mérite de donner d’emblée la solution : améliorer l’image désastreuse que les journalistes donnent de leur profession. Certains de ses représentants comme le SNJ s’y emploient. Par exemple en réclamant la création d’une instance déontologique.

  5. Agnès dit :

    J’ai eu la même réaction pour des faits similaires, mais il s’agissait d’écrits… c’est vrai, ça, tout le monde sait écrire, on ne va pas en plus me payer pour le faire !

    http://blog.monolecte.fr/post/2012/01/25/Je-suis-une-legende-du-web

  6. Un exemple de vol assez courant quand j’étais encore photographe de presse : http://www.weck.info/2009/02/21/temoignage-chretien-la-fin-des-voleurs/

  7. Agnès dit :

    Je me suis aussi fait tirer une photo par un quotidien national. Quand j’ai fini par trouver l’argent pour payer quelqu’un pour faire de l’intimidation juridique, finalement, plus personne ne voulait y aller, parce que c’était trop tard pour faire valoir mes droits…

    Plus tard, j’ai participé à une conférence sur le droit d’auteur et là, la conférencière m’a juste expliqué que le droit d’auteur, en vrai, c’est un concours de bites et qu’en l’occurrence, les gens comme moi ont rarement la plus grosse et que les voleurs avec pignon sur rue le savent pertinemment.

  8. Xavier dit :

    Hum… Alors, je me permets de vous donner un lien, celui d’un blog : http://blog.droit-et-photographie.com/

    Car je vous assure qu’il y a moyen de se faire respecter. Je ne suis jamais allé plus loin qu’un courrier pour un individu, un blog ou une asso. Mais une rédaction, c’est direct un courrier d’avocat. Et dans ce cas, ils savent pertinemment qu’ils vont y laisser des plumes et sortent le chéquier…

  9. Hughes de Courson dit :

    Très juste. Il faudrait donc que les journalistes cessent de dénigrer les lois Hadopi ou autres qui tentent aussi de protéger les compositeurs, artistes et autres qui sont depuis longtemps pillés autant que les photographes. Malheureusement, je crois que c’est foutu. Musique, images, tout ça est maintenant fini. Gratuit. Je ne sais pas comment ça pourra changer.

  10. Xavier dit :

    Eh bien, je pense que c’est différent.

    D’une part, parce qu’il est régulièrement démontré que les plus gros pilleurs de films sont aussi les plus gros consommateurs de cinéma, et c’est la même chose concernant la musique. Et je reste convaincu qu’une licence globale pourrait être un bon remède alors qu’Hadopi n’a aucun chance de marcher et témoigne juste d’une méconnaissance totale de ce qu’est Internet.

    D’autre part, parce qu’on ne parle pas du même type de pillage. Qu’un individu me pique des photos pour en faire des fonds d’écran personnels et s’en servir chez lui, c’est bien le cadet de mes soucis, ce n’est en aucun cas lui qui me permettra de vivre. Et cela correspond à l’usage qui est fait d’un album de musique ou d’un film téléchargé, dont vous savez aussi bien que moi qu’une immense partie de son prix de vente revient à des intermédiaires généralement aussi inutiles que gourmands.

    Ce qui est dérangeant c’est lorsque mon travail sert à des professionnels ou à des politiques. On ne me pique pas des photos pour en faire des fonds d’écran, on me les pique pour illustrer des tracts ou alimenter les sites web de rédactions. C’est comme si un album de musique n’était pas téléchargé pour une écoute en famille, mais pour introduire des meetings ou servir de bande son à des productions diverses. C’est d’un autre niveau.

    Personnellement, je suis convaincu que seuls les majors ont à redouter une licence globale, car ce sont leurs marges qui pourrissent le marché. En tant que photographe, je n’y serais pas opposé. Alors qu’Hadopi je n’y crois pas une seconde. C’est une farce. Qui plus est hors de prix…

  11. Henri Comte dit :

    Merci Xavier pour ce très bon article, et on pourrait étendre ce constat à tous les types de photographie, pas uniquement le photojournalisme.

    Toute utilisation professionnelle (ou commerciale, appelons ça comme on veut) doit être rémunérée.

    Comme Xavier, je m’en fous qu’on me pique des photos pour un fond d’écran ou illustrer un mémoire d’étudiant.

    C’est ce qui nous différencie, nous photographes, des musiciens, écrivains, c’est que ceux qui achètent nos photos, ce n’est pas le grand public mais des professionnels (presse, éditeurs, entreprises, agences de pub, etc.).

    Et parmi ceux-ci, des petits malins profitent largement de la tendance actuelle au « partage », au « libre de droits » et autres attrapes-couillons.

  12. Toto dit :

    Cela me rappelle cette superbe vidéo du sulfureux Harlan Ellison.

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