Les risques du métier

Clashs au Caire, le 25 janvier 2013, lors du deuxième anniversaire de la Révolution.

Clashs au Caire, le 25 janvier 2013, lors du deuxième anniversaire de la Révolution.

Les risques du métier ? C’est le titre d’un papier signé par Henri de Turenne, en 1950, lu dans Grands reportersPrix Albert Londres. Extrait :

« Sales, pouilleux, vêtus d’un manteau de poussière, une cinquantaine d’individus  hirsutes et barbus hantent les routes de Corée, l’appareil photo en bandoulière et le calepin à la main. Habillés de la salopette verte de l’armée américaine, ils attendent pendant des heures, assis sur le bord du chemin et entourés de la marmaille nue du village voisin, qu’un camion ou une jeep veuille bien les emporter vers un front qui n’existe pas. Les chauffeurs les ont prévenus : « Ici on sait qu’on arrive sur le front quand on vous tire dessus. » »

Voilà qui rappelle furieusement les articles de confrères pigistes ayant couvert le Printemps arabe en Libye ou en Syrie. Avec une différence notable : selon Henri de Turenne, les 271 journalistes en route pour couvrir la guerre de Corée étaient correspondants, donc salariés par leurs rédactions respectives… pour faire leur boulot !

Ce qui, d’ailleurs, ne les protégeait pas mieux :

« Les journalistes de Corée ont payé cher leur titre de correspondant de guerre. En trois mois cette campagne traîtresse a fait une vingtaine de tués, de nombreux blessés et quatre prisonniers. »

Bref, ce n’était pas mieux avant, et on ne mourait pas moins en couvrant des conflits. En revanche, les rédactions n’étaient peut-être pas aussi timorées qu’elles peuvent l’être dans un monde où les frappes sont « chirurgicales » et où l’on ne montre plus que les macchabées du camp d’en face. Il ne faudrait pas choquer le spectateur, qu’il soit devant sa téloche ou en train de feuilleter un magazine…

Mais c’est heureux, le paternalisme ambiant ne semble pas agacer que moi. Je vous renvoie vers le coup de gueule d’un autre plumitif, celui de Samuel Forey, écrit avec son cœur et ses tripes.

« Que le Sunday Times et les autres fassent ce qu’ils veulent. On s’en fout. On continuera. On est de la pire espèce : on est volontaires. Personne ne nous envoie risquer notre peau pour pas un rond. On s’envoie tout seuls. »

Oui, on s’enverra tout seuls. D’ailleurs, on n’a jamais rien connu d’autre.

► Mise à jour du 11 février :

Ajout d’une photographie reçue de mon camarade, confrère et poto, Romain Beurrier, pour illustrer ce papier. Avec pour commentaire : « Si mes souvenirs sont bons, cette photo va me rapporter environ vingt euros, contre une pierre dans la jambe et un cocktail Molotov sur les bras et le boitier, car les flics ne renvoient pas QUE les pierres. »

Et pendant ce temps-là, dans les rédactions, on dit s’inquiéter du sort des indépendants…

► Lire aussi :

Le CDI préserve-t-il des bombes ? (06/02/2013)

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