Réflexion estivale sur l’identité

« Je souhaite pour la Palestine ce que je souhaite aussi pour la Catalogne : que nous soyons un jour un État libre et indépendant. » (Abou Anan, Hébron, août 2014)

Abou Anan, dont la maison a été reconstruite par un groupe de Catalans, Hébron, août 2014.

Jérusalem, 31 juillet 2014 – En reportage avec Laura Surroca, photographe catalane. Une discussion s’engage avec un commerçant palestinien. Il l’interroge :

« D’où venez-vous ?
– D’Espagne.
– Mais plus précisément ?
– Je suis de Barcelone.
– Alors vous n’êtes pas espagnole, mais catalane. »

Un franc sourire répond à cette affirmation. Il faut dire que le lancement par le collectif Off Source de la plate-forme de reportages sur la Catalogne, en juin dernier, a été assez unanimement salué en France : « Oh ! ils nous font chier les Catalans… » (une amie universitaire) ; « Passer du Printemps arabe au régionalisme, tu n’as pas peur de t’enterrer ? » (un confrère photographe) ; « Pourquoi vouloir apprendre le catalan ? C’est une langue morte… » (une libraire à Montpellier).

En somme, au pays de l’étoile de Legrand et de la République « une et indivisible », c’est une vague d’indifférence, parfois même de mépris pour « ces connards d’indépendantistes », lorsque nous évoquons notre projet photographique à long terme. Une collection de clichés et de parallèles hasardeux avec la Corse, sur fond d’ignorance quant à l’histoire de l’Espagne.

Aurel me faisait récemment remarquer : « La défense de la liberté de la presse, a contrario de la douleur exprimée pour les morts dans les catastrophes, a tendance à augmenter avec les kilomètres qui nous en séparent… » Il semblerait qu’il en soit de même avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : plus une population se trouve éloignée sur le globe, plus unanime est la promotion de son droit à l’autodétermination. Mais que l’on parle des frontières françaises, et viennent les invectives contre le nationalisme de chapelles. Vive le Tibet libre ! Vive la Palestine libre ! Et au diable les régionalismes !

Certes, la situation est dramatiquement différente entre le quotidien d’un Palestinien d’Hébron et celui d’un Catalan de Barcelone. Au point qu’il est indécent d’établir le moindre parallèle. Mais les Palestiniens rencontrés au cours de notre reportage le font pourtant, établissant une nette différence entre une identité et une pièce d’identité. Notre fixeur a toujours évoqué son ami basque sans la moindre référence à l’Espagne. Un autre jour, dans sa maison cernée de colons, notre hôte Palestinien, Abou Anan, achevait notre entretien ainsi : « Je souhaite pour la Palestine ce que je souhaite pour la Catalogne : que nous soyons un jour un État libre et indépendant. »

Volonté de se mettre la journaliste qui mène l’entretien dans la poche ? En partie, sans doute. Mais ce serait occulter le fait que ce sont une trentaine de volontaires catalans qui ont reconstruit sa maison et son verger, maintes fois détruits par des colons. Québécois, Finnois, Basques, Catalans, ils sont largement représentés au seins des observateurs internationaux ou des ONG en Palestine. Reconnus comme tels par les Palestiniens, et non par la couleur de leurs passeports.

Dans Les Identités meurtrières, Amin Maalouf écrit :

« On a souvent tendance à se reconnaître dans son appartenance la plus attaquée ; parfois, quand on ne se sent pas la force de la défendre, on la dissimule, alors elle reste au fond de soi-même, tapie dans l’ombre, attendant sa revanche ; mais qu’on l’assume ou qu’on la cache, qu’on la proclame discrètement ou bien avec fracas, c’est à elle qu’on s’identifie. L’appartenance qui est en cause – la couleur, la religion, la langue, la classe… – envahit alors l’identité entière. »

Et c’est probablement l’un des piliers de la poussée indépendantiste catalane. Il ne s’agit pas simplement d’une question ethno-linguistique ou d’un différent fiscal avec Madrid. C’est ce qui peut être si difficile à comprendre pour un Français, issu d’un pays centralisé et jacobin, où identité rime souvent avec nationalité, et si évident pour un Palestinien, privé de nationalité et de liberté, à qui il ne reste plus qu’une identité maintes fois réaffirmée.

Voilà pour la petite parenthèse estivale. La plate-forme Projecte Catalunya revient très vite. Tant il semble urgent d’informer sur un sujet largement méconnu en France.

Et pour conclure cette bafouille, un peu de poésie palestinienne :

« Nous sommes les enfants de l’air chaud et froid, de l’eau, de la rosée, du feu, de la lumière et de la terre des pulsions humaines. Et nous possédons une moitié de vie, une moitié de mort, des projets d’éternité… et d’identité. » (Mahmoud Darwich)

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2 réflexions sur “Réflexion estivale sur l’identité

  1. Olivier Heymana dit :

    Bonjour Xavier,

    Merci pour tes posts… C’est quoi le mot de passe pour lire ton dernier article ? Merci, bonne soirée,

    Olivier

  2. Xavier dit :

    Toutes mes excuses pour le mot de passe pendant quelques instants ! L’incident est réparé et le post est en lecture libre.

    Excellente soirée !

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