Archives de Catégorie: Sur la route

La cinquième saison de l’Etna

Coucher de lune sur l'Etna, le 10 mars 2014.

Coucher de lune sur l’Etna, le 10 mars 2014.

Mars 2014 – Comment vit-on sur les flancs d’un volcan actif et répertorié parmi les « Volcans de la Décennie » ? Malgré ses imposants 3330 mètres d’altitude et une centaine d’éruptions au XXe siècle, l’Etna est réputé n’être qu’un « gentil géant ». Il n’a pas la réputation sulfureuse et le caractère explosif de son cousin italien, le Vésuve, et si Naples pourrait être engloutie en cinq minutes par une coulée pyroclastique, Catane se trouve à plusieurs jours des coulées de lave les plus menaçantes. Lire la suite

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Il soccorso alpino

Au cours d'une journée de recyclage des techniques de secours en montagne du Club alpin italien.

Au cours d’une journée de recyclage des techniques de secours en montagne du Club alpin italien, mars 2014.

9 mars 2014 – Deuxième jour sur les flancs de l’Etna. Réveil au petit matin avec l’idée de faire l’ascension de la face Sud avec un guide, pour photographier la dernière coulée de lave de la Valle del Bove. Du moins, jusqu’à 2800 mètres de haut, la Préfecture de Catane ayant interdit d’aller au-delà en raison de l’activité volcanique.

Mais on peut s’être préparé autant que possible, avoir collectionné les calories utiles et superposé les vêtements techniques, réuni le matos photo et rechargé les batteries, en montagne on reste toujours tributaire de la météo. Et le guide, après une demi heure à scruter le ciel, a finalement déclaré laconiquement : « Oggi, è impossibile ! » Lire la suite

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Sur les flancs de l’Etna

Une vue du Monte Silvestri Superiore (2000 m), sur le flanc Sud de l'Etna, mars 2014.

Une vue du Monte Silvestri Superiore (2000 m), sur la face Sud de l’Etna, mars 2014.

8 mars 2014 – D’abord, une nuit presque blanche, disons grise. Puis une tentative vaine de récupérer un peu après le décollage, mais c’était sans compter sur la petite voix grésillarde cherchant avec insistance à vendre quelques poignées de lipides aussi dégueulasses qu’onéreux. Pour couronner le tout, une petite heure de fouille par la douane italienne à l’arrivée, leur berger allemand m’ayant confondu avec Pablo Escobar. Enfin, quatre heures de route avant de céder aux charmes de Morphée, à quelques kilomètres de l’Etna. Lire la suite

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Un bilan des pertes mitigé

Eric Ferysselinard, préfet de l’Aude, et Jean-Pierre Delord, maire de Bugarach, présentant le dispositif de sécurité.

Eric Ferysselinard, préfet de l’Aude, et Jean-Pierre Delord, maire de Bugarach, présentant le dispositif de sécurité.

C’était il y a tout juste un an, le 21 décembre 2012. La fin du monde étant annoncée, mon camarade Arnauld et moi-même prenions le prétexte fallacieux de la couverture médiatique de l’événement pour aller nous réfugier à quelques kilomètres du pic de Bugarach, refuge déclaré de tous les survivalistes. S’il s’avérait que cette 183ème prévision de fin du monde depuis la chute de l’Empire romain était juste, nos chances de survie augmenteraient considérablement, et un bon photographe est un photographe vivant !

Ainsi, c’est armés de tout notre courage et de bons sacs de couchage que nous gravissions les flancs du pic, parfois en pleine nuit et à la lueur d’une lampe frontale, à la recherche d’éventuels réfugiés. Nous parions sur le fait que dans un contexte de disparition brutale de l’humanité, les rédactions seraient plus promptes à nous mettre en commande en oubliant le fameux rapport morts-kilomètres : après tout, Bugarach et ses 202 habitants allaient devenir d’un instant à l’autre le centre du nouveau monde, et ça c’est un sujet ! Lire la suite

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Le goût de l’Orient

Cour de la Mosquée bleue, Istanbul, août 2013.

Cour de la Mosquée bleue, Istanbul, août 2013.

Les Turcs l’appellent Sultanahmet Camii, mais elle sera toujours pour moi la Mosquée bleue.

C’est ici que j’ai commencé à prendre le goût de l’Orient, au cours d’un voyage de cinq semaines en camion : Istanbul et ses magnifiques mosquées, Ankara et son mausolée d’Atatürk, une ville de la Mer noire alors ravagée par un séisme et dont j’ai oublié le nom, les neiges éternelles du Mont Ararat, les eaux limpides du lac de Van, les ruines du palais d’Ishak Pacha, les convois d’ONG fuyant l’Irak de Saddam Hussein, qui le 2 août 1990 envahissait le Koweït, l’armée turque que nous croisions sur la piste du retour vers Diyarbakir, Alanya et la Sixième flotte des Etats-Unis croisant au large, des eaux turquoises, de la poussière et des flingues à foison… J’avais douze ans, je découvrais le monde, et ce périple commençait dans la cour de la Mosquée bleue.

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Une ville, un photographe : Lisbonne

"Mieux vaut baiser que fuir !" - Manifestation à Lisbonne, le 15 octobre 2012.

Lors d’une manifestation à Lisbonne, le 15 octobre 2012 : « Mieux vaut baiser que fuir ! »

Le blog Photosmatons m’a invité à vous raconter un peu Lisbonne. Extrait :

Le premier souvenir photographique ?

Première visite au Portugal en octobre 2012, pour retrouver une amie. Étant fauchés tous tes deux, nous nous débrouillons pour embarquer une demoiselle dans notre voiture de location, pour partager les frais depuis Porto. Arrivés sur Lisbonne, nous pensons aller voir le coucher du soleil sur le Tage, mais notre passagère nous contraint à un détour, et je la maudis en secret, alors que nous sommes coincés dans les bouchons. Arrivant à proximité du Parlement, nous sommes piégés par une manifestation contre la Troïka. Je me dis alors que le soleil sera toujours là demain, et j’insiste pour nous arrêter dix minutes, le temps de faire quelques images.

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Sur le perron

Sur le perron de la cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne, juin 2013.

Cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne, juin 2013.

Sur le perron d’une cathédrale, j’ai attendu en vain la fin d’une pluie printanière. Le soleil n’est jamais venu, mais une demoiselle est arrivée et j’avais une photo… Hallelujah !

Puis j’ai cherché un peu d’inspiration pour écrire quelques lignes sur cette image. Je ne l’ai pas trouvée, mais je me suis souvenu d’une lecture plus intéressante que mes humeurs :

« L’animal n’a pas besoin de fables ni d’amulettes : il ignore sa propre ignorance. Tandis que l’esprit de l’homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l’instant plongé dans la nuit et dans l’épouvante ? Il se voit seul, abandonné, mortel, ignorant tout – unique animal sur terre “qui ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien” – pas même ce qu’il est. Comment n’inventerait-il pas aussitôt des mythes : des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance ? » (Vercors, Les Animaux dénaturés)

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Nazis go home !

Praça do Comércio, Lisbonne, juin 2013.

Place du Commerce, Lisbonne, juin 2013.

Lisbonne, 10 juin 2013. Une belle journée de printemps, au cours de laquelle je couvrais le premier FotoMaratona : trois cents participants parcouraient la ville au pas de course pour photographier une cinquantaine d’objectifs.

Place du Commerce, je trouvais un candidat essayant de remplir l’objectif suivant : « Photographier trois pigeons, ni un de plus, ni un de moins ! » J’enclenchais sans grande conviction… Ce n’est qu’en dérushant mes images que j’ai aperçu l’inscription en fond : « NAZIS go home ! »

C’est aussi cela le Portugal : des graffitis en abondance, très politiques, et une Allemagne régulièrement pointée du doigt, témoignage d’une crise qui n’en finit plus. Depuis quelques mois, j’ai constaté une explosion de ce genre d’inscription sur les murs, le symbole de l’euro étant fréquemment affublé d’une croix gammée, dans l’un des rares pays d’Europe à n’avoir jamais connu de domination allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’était une belle journée de printemps, mais ce soir-là je n’ai pu m’empêcher de penser que l’Europe avait échoué et qu’on allait droit vers un automne des peuples…

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Alfama

Largo São Miguel, Alfama, Lisbonne, juin 2013.

Place de l’église São Miguel, Lisbonne, juin 2013.

Alfama, c’est l’un des plus anciens quartiers de Lisbonne, avec son architecture chaotique, son dédale inextricable de rues escarpées et son allure de casbah, héritage de la domination musulmane. Dans ce quartier populaire, le linge est étendu jusque sur les places publiques, désertes quand le soleil brille, mais surpeuplées les dernières nuits du printemps : lors des fêtes des saints, notamment celle d’Antoine de Padoue, une foule disparate danse et boit sur des rythmes endiablés jusqu’aux premières lueurs du jour.

Pour vous perdre dans Lisbonne, c’est l’endroit parfait : on peut y déguster des sardines grillées dans de minuscules restaurants et finir la nuit dans une casa de fado, tout en faisant abstraction du temps qui s’écoule. Mais attention de ne pas rester trop longtemps dans les ruelles d’Alfama ! Car le retour dans le tumulte d’une ville nord-européenne pourrait être difficile…

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Onde a terra se acaba e o mar começa…

Février 2013, plage des pêcheurs, Ericeira, Portugal.

Un jour de février 2013, à Ericeira, Portugal.

« Là où la terre finit et la mer commence… » (Luís Vaz de Camões)

Et oui ! encore le Portugal… Quand je n’y suis pas pour documenter les manifestations contre les politiques d’austérité, j’aime m’y perdre à regarder le temps s’écouler. Après des années à arpenter la Méditerranée, j’avais besoin de voir autre chose qu’une mer bornée par des terres toujours plus hostiles. Et l’océan, ça ouvre l’horizon…

Ericeira, à quelques kilomètres de la pointe occidentale de l’Europe continentale, surplombant la Praia dos Pescadores. C’est depuis cette plage de pêcheurs que Manuel II prit l’exil, fuyant la Révolution du 5 octobre 1910. Il était le dernier « Roi de Portugal et des Algarves, de chaque côté de la mer en Afrique, duc de Guinée et de la Conquête, de la Navigation et du Commerce d’Éthiopie, d’Arabie, de Perse et d’Inde, par la grâce de Dieu ».

Comme quoi, la grâce de Dieu n’est pas très efficace contre la colère des peuples…

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Grândola, vila morena

Mur de Grândola en hommage à la chanson de Zeca Afonso, pour les 25 ans de la Révolution des œillets

Mur de Grândola en hommage à la chanson de Zeca Afonso, pour les vingt-cinq ans de la Révolution des Œillets.

O povo é quem mais ordena… Seul le peuple ordonne… Des mots extraits de la célèbre chanson de Zeca Afonso, Grândola, vila morena, qui est au Portugal ce que L’Estaca est à la Catalogne : un chant de résistance et de fraternité, celui des habitants de la petite ville de Grândola. Mais surtout, c’est le signal de départ de la Révolution des Œillets, lors de sa diffusion à la Radio Renascença, le 25 avril 1974 à minuit quinze.

Extraits :

Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade.
(…) Lire la suite

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Que se lixe a Troika !

Au cours de la manifestation contre les politiques d'austérité, à Lisbonne, le 2 mars 2013.

Au cours de la manifestation contre les politiques d’austérité, à Lisbonne, le 2 mars 2013.

Samedi 2 mars, Lisbonne. Comme un peu partout au Portugal, une marée humaine foule les pavés de la ville. En fond sonore, Grândola, vila morena, l’air avec lequel a commencé la Révolution des Œillets, le 25 avril 1974. Une foule de petites gens reprend les paroles : les plus jeunes avec hésitation, les plus âgés les larmes aux yeux. Un mélange de tristesse, de colère et de dignité. Puis un mot d’ordre : Que se lixe a Troika ! Que la Troïka aille se faire foutre !

Ils étaient plus d’un million à travers le Portugal, dont une bonne moitié à Lisbonne, dans un pays qui compte à peine plus de dix millions d’habitants. Une manifestation majeure, peut-être même la plus importante depuis la Révolution des Œillets. Mais le lendemain, quelques lignes à peine dans la presse française.

Je n’ai pas la prétention de remplacer à moi tout seul des médias alors occupés à essayer de deviner qui allait être fait pape. Mais voici quand même quelques images de la manifestation. On parle trop peu de la crise au Portugal, c’est donc une bonne raison pour s’y intéresser…

► Lire aussi :

Portugal : marée humaine contre l’austérité (Courrier international, 02/03/2013)

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Sur le chemin de l’école

Youssef Oudani, à proximité de son école, Casablanca, décembre 2012.

Youssef, à proximité de son école, Casablanca, décembre 2012.

« Il n’y a pas de futur sans école », répète toujours Ahmed, fier de rappeler que son fils est en sixième, et sans avoir redoublé ! Youssef est un petit bonhomme de onze ans, qui rêve de devenir docteur. Il vit à Casablanca, à proximité du marché Badr, dans un modeste appartement au sous-sol d’un immeuble, dont Ahmed est le gardien.

Ce reportage résulte d’une commande de Sipa Press pour l’Unesco, afin de témoigner des difficultés de nombreux enfants pour l’accès à l’école, qu’elles soient d’ordre physique ou culturel. A Casablanca, j’ai suivi Youssef, puis deux jumelles de la même école, à proximité du boulevard Zerktouni. Le sujet avec Youssef n’a finalement pas été retenu pour l’exposition et le livre Journeys to School, mais il est maintenant en ligne sur mon site.

L’aboutissement de ce travail relève un peu du miracle. Arrivé sur place, les difficultés se sont accumulées : quelques familles voyaient d’un mauvais œil la présence d’un photographe aux alentours de l’école, mon ordinateur a rendu l’âme, puis un objectif a déconné. En gros, trois jours de perdus, mais c’est aussi un aspect du métier : l’imprévu est une constante. Lire la suite

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Porto

Escadas Codeçal, Porto, février 2013.

Escadas Codeçal, Porto, février 2013.

Connue sous le nom de Cidade Invicta, la « ville invaincue », c’est elle qui a donné son nom au Portugal, le pays où le noir est couleur. Et pourtant, ce sont les couleurs vives qui dominent à Porto. Quand on flâne à proximité de l’embouchure du Douro, le linge étendu dans de petites ruelles à flanc de colline rappelle même le Sud de l’Italie. A la tombée de la nuit, la brume recouvre doucement la ville, les couleurs s’estompent, et on a alors l’impression d’être perdu dans un village de la côte irlandaise. Mais ce n’est ni l’Italie, ni l’Irlande, « c’est juste le Portugal… », dixit une amie lisboète.

Les compagnies aériennes à bas prix ayant la bonté de nous faire atterrir dans des villes secondaires, c’est donc là que j’ai découvert ce pays méditerranéen qui se paye de luxe de regarder vers l’Atlantique. Il me fallait fuir la fureur du Printemps arabe et la grisaille française…

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Le Tage

Sous le pont du 25 avril, Lisbonne, décembre 2012.

Sous le pont du 25 avril, Lisbonne, décembre 2012.

« Ce Tejo est un être vivant dans lequel sont venus s’incruster, par une sorte de commensalisme réciproque, d’autres êtres vivants. Il y a entre lui et eux un dialogue, une conversation faite de silences, une communication muette du sang avec le sang, qui n’ont pas su se traduire en chansons et en histoires communes peut-être, suppose-t-on, parce que le peuple des rives traite son fleuve avec une familiarité excessive.

Le fleuve passe, l’homme est là, et ce passage constant, cette continuelle présence ont fini, au bout d’un certain temps, par s’installer dans une relation de besoin mutuel, dont l’homme, aujourd’hui ou demain vaincu, finira toujours par sortir vainqueur, parce qu’il est le plus patient des deux.

Ce fleuve, qui courait et chantait au Portugal déjà avant qu’il y eût un Portugal, a façonné le visage d’une terre, il lui a donné la beauté sereine des horizons, la mélancolie caractéristique des espaces libres et plans. Ici nous l’appelons Tejo, fleuve et mot, route d’eau, chemin mouvant où les enfants du temps faisaient naviguer leur bateaux de liège, sur lequel les vieillards d’hier et d’aujourd’hui posent les yeux, pour reconnaître, dans le fleuve qui passe, les signes du passage de leur propre vie. Aucune géographie ne nous l’apprend, aucun enfant ne pourrait l’apprendre, mais il arrive toujours un moment où nous découvrons que la vraie place des fleuves est dans la mémoire. » (José Saramago, premier Portugais à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, en 1998)

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