Métro, Burlot, dodo

Ligne 11 du métro de Paris, octobre 2013

Ligne 11 du métro de Paris, octobre 2013.

Vivant bien au-delà du périphérique, j’aime partir en expédition dans le métro parisien armé d’un boitier. La variété des visages et des situations que l’on y trouve est une excellente source d’inspiration. Et de surcroît, on a la certitude de ne pas être trop ébloui par le soleil pendant les prises de vues…

Mais il n’est pas toujours évident de prendre des photos dans le métro. Outre « les risques d’infection, les attaques de bêtes sauvages et les difficultés d’orientation », évoqués récemment par Le Gorafi, il faut aussi compter avec l’appréhension qui vous submerge parfois au moment d’enclencher. Ce moment où l’on rêve d’invisibilité…

Pourtant, certains photographes réussissent très bien à se faire oublier. C’est notamment le cas de Stéphane Burlot, dont je vous invite à découvrir sa série Métro. Voici la preuve que la photographie n’est pas un métier, mais d’abord un mode de vie.

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Pour toi, Manuel Valls…

Adam, Montpellier, octobre 2010.

Adam, Montpellier, octobre 2010.

Un visage que je n’oublierai pas, un regard trop dur pour un bonhomme de sept ou huit ans. Adam était un peu mon interprète au camp des rives du Lez, à Montpellier.

Je me souviens de la chaleur avec laquelle sa famille m’a toujours accueilli dans sa cabane : quelques planches de bois doublées de morceaux de carton, une sorte de poêle bricolé dans un tambour de machine à laver, puis des couvertures en pagaille. Et, à chacune de mes visites, un café, une soupe, un repas ou un peu de liqueur de prune…

Roms de Roumanie, plus personne ne sait aujourd’hui quel épithète leur donner. Avec moi, ils ont simplement été généreux. Et à une époque aussi triste que la nôtre, c’est déjà énorme…

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Le goût de l’Orient

Cour de la Mosquée bleue, Istanbul, août 2013.

Cour de la Mosquée bleue, Istanbul, août 2013.

Les Turcs l’appellent Sultanahmet Camii, mais elle sera toujours pour moi la Mosquée bleue.

C’est ici que j’ai commencé à prendre le goût de l’Orient, au cours d’un voyage de cinq semaines en camion : Istanbul et ses magnifiques mosquées, Ankara et son mausolée d’Atatürk, une ville de la Mer noire alors ravagée par un séisme et dont j’ai oublié le nom, les neiges éternelles du Mont Ararat, les eaux limpides du lac de Van, les ruines du palais d’Ishak Pacha, les convois d’ONG fuyant l’Irak de Saddam Hussein, qui le 2 août 1990 envahissait le Koweït, l’armée turque que nous croisions sur la piste du retour vers Diyarbakir, Alanya et la Sixième flotte des Etats-Unis croisant au large, des eaux turquoises, de la poussière et des flingues à foison… J’avais douze ans, je découvrais le monde, et ce périple commençait dans la cour de la Mosquée bleue.

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Des cigales et des hommes

Exuvie de cigale, juillet 2013.

Exuvie de cigale, juillet 2013.

J’aurais pu évoquer la décision du Tribunal de grande instance de Paris, le 26 juillet 2013, d’ordonner aux éditions La Manufacture des livres « de cesser la diffusion de l’ouvrage de Yan Morvan intitulé Gangs Story comportant en pages 12 et 265 la photographie de Mathieu Buquet. » Mais d’autres l’ont déjà fait, cf. les papiers de Michel Puech ou de Sylvain Levene.

J’aurais pu reproduire cette image sans masquer le visage de Mathieu Buquet. Mais je risquerais une condamnation judiciaire, et Yan Morvan en est pour 5000 € de sa poche. Déjà que beaucoup de photojournalistes survivent à peine en exerçant leur métier, il ne manquerait plus qu’il leur faille payer, pour le préjudice moral, une somme à ceux qui aiment parader devant leurs objectifs et s’indignent ensuite de se voir dans la presse ou l’édition.

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Une ville, un photographe : Lisbonne

"Mieux vaut baiser que fuir !" - Manifestation à Lisbonne, le 15 octobre 2012.

Lors d’une manifestation à Lisbonne, le 15 octobre 2012 : « Mieux vaut baiser que fuir ! »

Le blog Photosmatons m’a invité à vous raconter un peu Lisbonne. Extrait :

Le premier souvenir photographique ?

Première visite au Portugal en octobre 2012, pour retrouver une amie. Étant fauchés tous tes deux, nous nous débrouillons pour embarquer une demoiselle dans notre voiture de location, pour partager les frais depuis Porto. Arrivés sur Lisbonne, nous pensons aller voir le coucher du soleil sur le Tage, mais notre passagère nous contraint à un détour, et je la maudis en secret, alors que nous sommes coincés dans les bouchons. Arrivant à proximité du Parlement, nous sommes piégés par une manifestation contre la Troïka. Je me dis alors que le soleil sera toujours là demain, et j’insiste pour nous arrêter dix minutes, le temps de faire quelques images.

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Sur le perron

Sur le perron de la cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne, juin 2013.

Cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne, juin 2013.

Sur le perron d’une cathédrale, j’ai attendu en vain la fin d’une pluie printanière. Le soleil n’est jamais venu, mais une demoiselle est arrivée et j’avais une photo… Hallelujah !

Puis j’ai cherché un peu d’inspiration pour écrire quelques lignes sur cette image. Je ne l’ai pas trouvée, mais je me suis souvenu d’une lecture plus intéressante que mes humeurs :

« L’animal n’a pas besoin de fables ni d’amulettes : il ignore sa propre ignorance. Tandis que l’esprit de l’homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l’instant plongé dans la nuit et dans l’épouvante ? Il se voit seul, abandonné, mortel, ignorant tout – unique animal sur terre “qui ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien” – pas même ce qu’il est. Comment n’inventerait-il pas aussitôt des mythes : des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance ? » (Vercors, Les Animaux dénaturés)

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Nazis go home !

Praça do Comércio, Lisbonne, juin 2013.

Place du Commerce, Lisbonne, juin 2013.

Lisbonne, 10 juin 2013. Une belle journée de printemps, au cours de laquelle je couvrais le premier FotoMaratona : trois cents participants parcouraient la ville au pas de course pour photographier une cinquantaine d’objectifs.

Place du Commerce, je trouvais un candidat essayant de remplir l’objectif suivant : « Photographier trois pigeons, ni un de plus, ni un de moins ! » J’enclenchais sans grande conviction… Ce n’est qu’en dérushant mes images que j’ai aperçu l’inscription en fond : « NAZIS go home ! »

C’est aussi cela le Portugal : des graffitis en abondance, très politiques, et une Allemagne régulièrement pointée du doigt, témoignage d’une crise qui n’en finit plus. Depuis quelques mois, j’ai constaté une explosion de ce genre d’inscription sur les murs, le symbole de l’euro étant fréquemment affublé d’une croix gammée, dans l’un des rares pays d’Europe à n’avoir jamais connu de domination allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’était une belle journée de printemps, mais ce soir-là je n’ai pu m’empêcher de penser que l’Europe avait échoué et qu’on allait droit vers un automne des peuples…

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Alfama

Largo São Miguel, Alfama, Lisbonne, juin 2013.

Place de l’église São Miguel, Lisbonne, juin 2013.

Alfama, c’est l’un des plus anciens quartiers de Lisbonne, avec son architecture chaotique, son dédale inextricable de rues escarpées et son allure de casbah, héritage de la domination musulmane. Dans ce quartier populaire, le linge est étendu jusque sur les places publiques, désertes quand le soleil brille, mais surpeuplées les dernières nuits du printemps : lors des fêtes des saints, notamment celle d’Antoine de Padoue, une foule disparate danse et boit sur des rythmes endiablés jusqu’aux premières lueurs du jour.

Pour vous perdre dans Lisbonne, c’est l’endroit parfait : on peut y déguster des sardines grillées dans de minuscules restaurants et finir la nuit dans une casa de fado, tout en faisant abstraction du temps qui s’écoule. Mais attention de ne pas rester trop longtemps dans les ruelles d’Alfama ! Car le retour dans le tumulte d’une ville nord-européenne pourrait être difficile…

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Mariage sous protection rapprochée

L'arrivée des mariés sur le parvis de la mairie de Montpellier, 29 mai 2013.

L’arrivée des mariés sur le parvis de la mairie de Montpellier, 29 mai 2013.

Je n’avais aucune envie d’aller couvrir ce mariage : pas fan de l’exercice, et pas motivé pour jouer des coudes au sein de la meute. Je n’ai donc pas demandé d’accréditation, préférant me concentrer sur des projets à long terme.

Et finalement, sur un coup de tête, j’ai pris mon boitier et je suis parti vers la mairie dix minutes avant le début du mariage. Sans véritable intention d’approcher le périmètre sacré, mais plutôt pour renifler l’atmosphère. Après tout, chaque fois que je ne suis pas quelque part, il se passe un truc… Alors autant aller y faire un tour !

Je suis tombé sur les mariés dès leur arrivée sur le parvis de la mairie. Cette photo n’est pas une plaque, mais qu’importe ! Elle raconte un peu l’ambiance d’un moment hystérique autant qu’historique, avec un dispositif policier digne d’un déplacement présidentiel et des chaines de télévision venues de tous les continents. Aujourd’hui, le parvis Georges Frêche avait l’allure d’une petite Croisette, avec ses hordes de photographes et de badauds, affairés à ne rien rater du quart d’heure de gloire d’un couple quasi inconnu.

Seules quelques minutes ont été nécessaires pour que je réalise à quel point j’avais bien fait de ne pas demander d’accréditation. Cette petite sortie a fait renaître l’envie de prendre le large pour tenter de raconter d’autres histoires, loin des caméras et de la folie médiatique. Affaire à suivre…

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Onde a terra se acaba e o mar começa…

Février 2013, plage des pêcheurs, Ericeira, Portugal.

Un jour de février 2013, à Ericeira, Portugal.

« Là où la terre finit et la mer commence… » (Luís Vaz de Camões)

Et oui ! encore le Portugal… Quand je n’y suis pas pour documenter les manifestations contre les politiques d’austérité, j’aime m’y perdre à regarder le temps s’écouler. Après des années à arpenter la Méditerranée, j’avais besoin de voir autre chose qu’une mer bornée par des terres toujours plus hostiles. Et l’océan, ça ouvre l’horizon…

Ericeira, à quelques kilomètres de la pointe occidentale de l’Europe continentale, surplombant la Praia dos Pescadores. C’est depuis cette plage de pêcheurs que Manuel II prit l’exil, fuyant la Révolution du 5 octobre 1910. Il était le dernier « Roi de Portugal et des Algarves, de chaque côté de la mer en Afrique, duc de Guinée et de la Conquête, de la Navigation et du Commerce d’Éthiopie, d’Arabie, de Perse et d’Inde, par la grâce de Dieu ».

Comme quoi, la grâce de Dieu n’est pas très efficace contre la colère des peuples…

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Grândola, vila morena

Mur de Grândola en hommage à la chanson de Zeca Afonso, pour les 25 ans de la Révolution des œillets

Mur de Grândola en hommage à la chanson de Zeca Afonso, pour les vingt-cinq ans de la Révolution des Œillets.

O povo é quem mais ordena… Seul le peuple ordonne… Des mots extraits de la célèbre chanson de Zeca Afonso, Grândola, vila morena, qui est au Portugal ce que L’Estaca est à la Catalogne : un chant de résistance et de fraternité, celui des habitants de la petite ville de Grândola. Mais surtout, c’est le signal de départ de la Révolution des Œillets, lors de sa diffusion à la Radio Renascença, le 25 avril 1974 à minuit quinze.

Extraits :

Grândola, vila morena
Terra da fraternidade
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade.
(…) Lire la suite

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Que se lixe a Troika !

Au cours de la manifestation contre les politiques d'austérité, à Lisbonne, le 2 mars 2013.

Au cours de la manifestation contre les politiques d’austérité, à Lisbonne, le 2 mars 2013.

Samedi 2 mars, Lisbonne. Comme un peu partout au Portugal, une marée humaine foule les pavés de la ville. En fond sonore, Grândola, vila morena, l’air avec lequel a commencé la Révolution des Œillets, le 25 avril 1974. Une foule de petites gens reprend les paroles : les plus jeunes avec hésitation, les plus âgés les larmes aux yeux. Un mélange de tristesse, de colère et de dignité. Puis un mot d’ordre : Que se lixe a Troika ! Que la Troïka aille se faire foutre !

Ils étaient plus d’un million à travers le Portugal, dont une bonne moitié à Lisbonne, dans un pays qui compte à peine plus de dix millions d’habitants. Une manifestation majeure, peut-être même la plus importante depuis la Révolution des Œillets. Mais le lendemain, quelques lignes à peine dans la presse française.

Je n’ai pas la prétention de remplacer à moi tout seul des médias alors occupés à essayer de deviner qui allait être fait pape. Mais voici quand même quelques images de la manifestation. On parle trop peu de la crise au Portugal, c’est donc une bonne raison pour s’y intéresser…

► Lire aussi :

Portugal : marée humaine contre l’austérité (Courrier international, 02/03/2013)

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Sur le chemin de l’école

Youssef Oudani, à proximité de son école, Casablanca, décembre 2012.

Youssef, à proximité de son école, Casablanca, décembre 2012.

« Il n’y a pas de futur sans école », répète toujours Ahmed, fier de rappeler que son fils est en sixième, et sans avoir redoublé ! Youssef est un petit bonhomme de onze ans, qui rêve de devenir docteur. Il vit à Casablanca, à proximité du marché Badr, dans un modeste appartement au sous-sol d’un immeuble, dont Ahmed est le gardien.

Ce reportage résulte d’une commande de Sipa Press pour l’Unesco, afin de témoigner des difficultés de nombreux enfants pour l’accès à l’école, qu’elles soient d’ordre physique ou culturel. A Casablanca, j’ai suivi Youssef, puis deux jumelles de la même école, à proximité du boulevard Zerktouni. Le sujet avec Youssef n’a finalement pas été retenu pour l’exposition et le livre Journeys to School, mais il est maintenant en ligne sur mon site.

L’aboutissement de ce travail relève un peu du miracle. Arrivé sur place, les difficultés se sont accumulées : quelques familles voyaient d’un mauvais œil la présence d’un photographe aux alentours de l’école, mon ordinateur a rendu l’âme, puis un objectif a déconné. En gros, trois jours de perdus, mais c’est aussi un aspect du métier : l’imprévu est une constante. Lire la suite

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« Fais-toi kidnapper ! »

Lors d'une projection à Visa pour l'image, septembre 2012.

Lors d’une projection à Visa pour l’image, septembre 2012.

Cela faisait plusieurs mois que je n’avais pas de nouvelles de Pierre Borghi, rencontré en septembre 2012 à Visa pour l’image, et qui après quelques années dans l’humanitaire se lançait dans la photographie. Je ne m’en étais pas étonné : c’est plutôt classique, dans ce métier, de se perdre de vue pour mieux se retrouver ensuite. Et tant qu’on ne voit pas la bouille des copains à la téloche, c’est qu’a priori tout va bien…

Puis, une nuit d’insomnie, le réflexe de jeter un œil aux news… et une belle claque à la lecture d’un article de RFI :

C’est à la fin du mois de novembre que Pierre Borghi, photographe indépendant, a été capturé en Afghanistan. Un pays qu’il connaissait pour y avoir travaillé pendant près d’un an pour une ONG française. C’est finalement après plus de quatre mois comme otage qu’il a « apparemment échappé à ses ravisseurs ».

Je nous revois déconner dans ce vieil appartement, à Perpignan, autour d’un thé, entre deux conversations sur les coins les plus pourris du monde ou sur ce qu’il convient d’avoir dans son runbag, ce petit sac de vingt litres à garder sous le coude, just in case, pour pouvoir partir en moins d’une minute… Lire la suite

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Porto

Escadas Codeçal, Porto, février 2013.

Escadas Codeçal, Porto, février 2013.

Connue sous le nom de Cidade Invicta, la « ville invaincue », c’est elle qui a donné son nom au Portugal, le pays où le noir est couleur. Et pourtant, ce sont les couleurs vives qui dominent à Porto. Quand on flâne à proximité de l’embouchure du Douro, le linge étendu dans de petites ruelles à flanc de colline rappelle même le Sud de l’Italie. A la tombée de la nuit, la brume recouvre doucement la ville, les couleurs s’estompent, et on a alors l’impression d’être perdu dans un village de la côte irlandaise. Mais ce n’est ni l’Italie, ni l’Irlande, « c’est juste le Portugal… », dixit une amie lisboète.

Les compagnies aériennes à bas prix ayant la bonté de nous faire atterrir dans des villes secondaires, c’est donc là que j’ai découvert ce pays méditerranéen qui se paye de luxe de regarder vers l’Atlantique. Il me fallait fuir la fureur du Printemps arabe et la grisaille française…

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