Archives de Tag: Lisbonne

Une ville, un photographe : Lisbonne

"Mieux vaut baiser que fuir !" - Manifestation à Lisbonne, le 15 octobre 2012.

Lors d’une manifestation à Lisbonne, le 15 octobre 2012 : « Mieux vaut baiser que fuir ! »

Le blog Photosmatons m’a invité à vous raconter un peu Lisbonne. Extrait :

Le premier souvenir photographique ?

Première visite au Portugal en octobre 2012, pour retrouver une amie. Étant fauchés tous tes deux, nous nous débrouillons pour embarquer une demoiselle dans notre voiture de location, pour partager les frais depuis Porto. Arrivés sur Lisbonne, nous pensons aller voir le coucher du soleil sur le Tage, mais notre passagère nous contraint à un détour, et je la maudis en secret, alors que nous sommes coincés dans les bouchons. Arrivant à proximité du Parlement, nous sommes piégés par une manifestation contre la Troïka. Je me dis alors que le soleil sera toujours là demain, et j’insiste pour nous arrêter dix minutes, le temps de faire quelques images.

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Sur le perron

Sur le perron de la cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne, juin 2013.

Cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne, juin 2013.

Sur le perron d’une cathédrale, j’ai attendu en vain la fin d’une pluie printanière. Le soleil n’est jamais venu, mais une demoiselle est arrivée et j’avais une photo… Hallelujah !

Puis j’ai cherché un peu d’inspiration pour écrire quelques lignes sur cette image. Je ne l’ai pas trouvée, mais je me suis souvenu d’une lecture plus intéressante que mes humeurs :

« L’animal n’a pas besoin de fables ni d’amulettes : il ignore sa propre ignorance. Tandis que l’esprit de l’homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l’instant plongé dans la nuit et dans l’épouvante ? Il se voit seul, abandonné, mortel, ignorant tout – unique animal sur terre “qui ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien” – pas même ce qu’il est. Comment n’inventerait-il pas aussitôt des mythes : des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance ? » (Vercors, Les Animaux dénaturés)

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Nazis go home !

Praça do Comércio, Lisbonne, juin 2013.

Place du Commerce, Lisbonne, juin 2013.

Lisbonne, 10 juin 2013. Une belle journée de printemps, au cours de laquelle je couvrais le premier FotoMaratona : trois cents participants parcouraient la ville au pas de course pour photographier une cinquantaine d’objectifs.

Place du Commerce, je trouvais un candidat essayant de remplir l’objectif suivant : « Photographier trois pigeons, ni un de plus, ni un de moins ! » J’enclenchais sans grande conviction… Ce n’est qu’en dérushant mes images que j’ai aperçu l’inscription en fond : « NAZIS go home ! »

C’est aussi cela le Portugal : des graffitis en abondance, très politiques, et une Allemagne régulièrement pointée du doigt, témoignage d’une crise qui n’en finit plus. Depuis quelques mois, j’ai constaté une explosion de ce genre d’inscription sur les murs, le symbole de l’euro étant fréquemment affublé d’une croix gammée, dans l’un des rares pays d’Europe à n’avoir jamais connu de domination allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’était une belle journée de printemps, mais ce soir-là je n’ai pu m’empêcher de penser que l’Europe avait échoué et qu’on allait droit vers un automne des peuples…

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Alfama

Largo São Miguel, Alfama, Lisbonne, juin 2013.

Place de l’église São Miguel, Lisbonne, juin 2013.

Alfama, c’est l’un des plus anciens quartiers de Lisbonne, avec son architecture chaotique, son dédale inextricable de rues escarpées et son allure de casbah, héritage de la domination musulmane. Dans ce quartier populaire, le linge est étendu jusque sur les places publiques, désertes quand le soleil brille, mais surpeuplées les dernières nuits du printemps : lors des fêtes des saints, notamment celle d’Antoine de Padoue, une foule disparate danse et boit sur des rythmes endiablés jusqu’aux premières lueurs du jour.

Pour vous perdre dans Lisbonne, c’est l’endroit parfait : on peut y déguster des sardines grillées dans de minuscules restaurants et finir la nuit dans une casa de fado, tout en faisant abstraction du temps qui s’écoule. Mais attention de ne pas rester trop longtemps dans les ruelles d’Alfama ! Car le retour dans le tumulte d’une ville nord-européenne pourrait être difficile…

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Que se lixe a Troika !

Au cours de la manifestation contre les politiques d'austérité, à Lisbonne, le 2 mars 2013.

Au cours de la manifestation contre les politiques d’austérité, à Lisbonne, le 2 mars 2013.

Samedi 2 mars, Lisbonne. Comme un peu partout au Portugal, une marée humaine foule les pavés de la ville. En fond sonore, Grândola, vila morena, l’air avec lequel a commencé la Révolution des Œillets, le 25 avril 1974. Une foule de petites gens reprend les paroles : les plus jeunes avec hésitation, les plus âgés les larmes aux yeux. Un mélange de tristesse, de colère et de dignité. Puis un mot d’ordre : Que se lixe a Troika ! Que la Troïka aille se faire foutre !

Ils étaient plus d’un million à travers le Portugal, dont une bonne moitié à Lisbonne, dans un pays qui compte à peine plus de dix millions d’habitants. Une manifestation majeure, peut-être même la plus importante depuis la Révolution des Œillets. Mais le lendemain, quelques lignes à peine dans la presse française.

Je n’ai pas la prétention de remplacer à moi tout seul des médias alors occupés à essayer de deviner qui allait être fait pape. Mais voici quand même quelques images de la manifestation. On parle trop peu de la crise au Portugal, c’est donc une bonne raison pour s’y intéresser…

► Lire aussi :

Portugal : marée humaine contre l’austérité (Courrier international, 02/03/2013)

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Le Tage

Sous le pont du 25 avril, Lisbonne, décembre 2012.

Sous le pont du 25 avril, Lisbonne, décembre 2012.

« Ce Tejo est un être vivant dans lequel sont venus s’incruster, par une sorte de commensalisme réciproque, d’autres êtres vivants. Il y a entre lui et eux un dialogue, une conversation faite de silences, une communication muette du sang avec le sang, qui n’ont pas su se traduire en chansons et en histoires communes peut-être, suppose-t-on, parce que le peuple des rives traite son fleuve avec une familiarité excessive.

Le fleuve passe, l’homme est là, et ce passage constant, cette continuelle présence ont fini, au bout d’un certain temps, par s’installer dans une relation de besoin mutuel, dont l’homme, aujourd’hui ou demain vaincu, finira toujours par sortir vainqueur, parce qu’il est le plus patient des deux.

Ce fleuve, qui courait et chantait au Portugal déjà avant qu’il y eût un Portugal, a façonné le visage d’une terre, il lui a donné la beauté sereine des horizons, la mélancolie caractéristique des espaces libres et plans. Ici nous l’appelons Tejo, fleuve et mot, route d’eau, chemin mouvant où les enfants du temps faisaient naviguer leur bateaux de liège, sur lequel les vieillards d’hier et d’aujourd’hui posent les yeux, pour reconnaître, dans le fleuve qui passe, les signes du passage de leur propre vie. Aucune géographie ne nous l’apprend, aucun enfant ne pourrait l’apprendre, mais il arrive toujours un moment où nous découvrons que la vraie place des fleuves est dans la mémoire. » (José Saramago, premier Portugais à avoir obtenu le prix Nobel de littérature, en 1998)

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Saudade

Rue de São Bento, Lisbonne, décembre 2012.

Rue de São Bento, Lisbonne, décembre 2012.

« Le Portugal est un pays où l’on est heureux, où je crois nous pourrions vivre agréablement. Il a pour lui le climat, les paysages, l’océan et aussi le climat moral d’un vieux et glorieux royaume européen avec de vastes colonies, un empire d’outre-mer. Comme la Hollande. En Europe, les petits États ont toujours été et seront toujours ceux où l’on vit le mieux. » (Valéry Larbaud)

Bref, j’ai découvert le Portugal cet automne, et j’en suis tombé amoureux. Je vous en reparlerai bientôt, en images…

Mais pour l’heure, un de mes coups de cœur, une plongée au début du XXe siècle : « Indiscutablement, les electricos sont vétustes, cahotants et ferraillants, mais sans ses tramways, Lisbonne perdrait son âme. Le réseau a été établi à partir de 1902, et c’est à se demander si certains trams, aux intérieurs de bois verni, ne remonteraient pas à ses origines… » (Jean-Noël Mouret, Le goût de Lisbonne)

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