Archives de Tag: Photojournalisme

Une pensée pour Camille

Camille Lepage, en Centrafrique.

Camille Lepage, en Centrafrique.

13 mai 2014 – Je râle dans mon plumard, shooté à la cortisone. Nouveauté d’un printemps venteux, une violente allergie à des pollens, qui pourtant portent la vie dans les airs. Puis soudain, un SMS, un cri, un silence et les larmes de ma compagne. Vite, choper un portable et vérifier, demander aux copains, ici ou là-bas. Non, ce n’est pas une mauvaise blague. Camille Lepage est bien morte, tuée comme tant d’autres. Je la connaissais à peine. Je voyais surtout défiler ses images dans la presse et sur les réseaux sociaux. Pourtant, mon ventre se noue, je suis envahi de rage et de tristesse. Sa mort réveille de vieux démons, je revois d’autres copains emportés par leur passion et quelques grammes explosifs de métal. Insoutenable indécence d’une journée de merde : j’ai passé des heures à me plaindre d’une invasion de pollens, au même moment on retrouvait le corps d’une talentueuse photographe de vingt-six ans. Je me sens ridicule. D’ordinaire, on a pléthore de souvenirs, souvent chaleureux. Pour Camille, je n’ai pas ce luxe. Lire la suite

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Des cigales et des hommes

Exuvie de cigale, juillet 2013.

Exuvie de cigale, juillet 2013.

J’aurais pu évoquer la décision du Tribunal de grande instance de Paris, le 26 juillet 2013, d’ordonner aux éditions La Manufacture des livres « de cesser la diffusion de l’ouvrage de Yan Morvan intitulé Gangs Story comportant en pages 12 et 265 la photographie de Mathieu Buquet. » Mais d’autres l’ont déjà fait, cf. les papiers de Michel Puech ou de Sylvain Levene.

J’aurais pu reproduire cette image sans masquer le visage de Mathieu Buquet. Mais je risquerais une condamnation judiciaire, et Yan Morvan en est pour 5000 € de sa poche. Déjà que beaucoup de photojournalistes survivent à peine en exerçant leur métier, il ne manquerait plus qu’il leur faille payer, pour le préjudice moral, une somme à ceux qui aiment parader devant leurs objectifs et s’indignent ensuite de se voir dans la presse ou l’édition.

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Les risques du métier

Clashs au Caire, le 25 janvier 2013, lors du deuxième anniversaire de la Révolution.

Clashs au Caire, le 25 janvier 2013, lors du deuxième anniversaire de la Révolution.

Les risques du métier ? C’est le titre d’un papier signé par Henri de Turenne, en 1950, lu dans Grands reportersPrix Albert Londres. Extrait :

« Sales, pouilleux, vêtus d’un manteau de poussière, une cinquantaine d’individus  hirsutes et barbus hantent les routes de Corée, l’appareil photo en bandoulière et le calepin à la main. Habillés de la salopette verte de l’armée américaine, ils attendent pendant des heures, assis sur le bord du chemin et entourés de la marmaille nue du village voisin, qu’un camion ou une jeep veuille bien les emporter vers un front qui n’existe pas. Les chauffeurs les ont prévenus : « Ici on sait qu’on arrive sur le front quand on vous tire dessus. » »

Voilà qui rappelle furieusement les articles de confrères pigistes ayant couvert le Printemps arabe en Libye ou en Syrie. Avec une différence notable : selon Henri de Turenne, les 271 journalistes en route pour couvrir la guerre de Corée étaient correspondants, donc salariés par leurs rédactions respectives… pour faire leur boulot ! Lire la suite

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Le CDI préserve-t-il des bombes ?

Ghetto de Varsovie, 1943, et ce n'est pas une photo de commande...

Ghetto de Varsovie, 1943, et ce n’est pas une photo de commande…

Cela faisait plus de quinze jours que je n’avais pas poussé de gueulante.

Mais c’était sans compter sur le Sunday Times, qui maintenant refuse de publier les photos d’indépendants prises en Syrie. À Rick Findler, qui avait déjà publié dans ledit journal et rentrait d’un troisième voyage en Syrie, le chef du service international a expliqué : « Depuis la mort de Marie Colvin [et Rémi Ochlik, le 22 février 2012, à Homs], nous n’envoyons plus de journalistes en Syrie. Cette politique s’applique aussi aux pigistes qui nous proposent des textes ou images. Et ce même s’ils sont rentrés sains et saufs, car cela pourrait être perçu comme un encouragement à prendre des risques inconsidérés. »

Un encouragement à prendre des risques inconsidérés, donc ? Voilà comment, dans un formidable mélange de bienveillance et de paternalisme, on explique à un photographe qu’il ne lui sert à rien de continuer à travailler dans un pays en guerre, qui plus est s’il n’est pas en commande, donc salarié, pour espérer diffuser ses photos, même si c’est un « très bon travail ».

Ce serait à mourir de rire si justement on ne mourait pas autant dans le métier… Lire la suite

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Le photojournalisme, ce loisir…

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, février 2012.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, février 2012.

Le photojournalisme, c’est connu, est un loisir assez chouette, pour ne pas dire fun : l’occasion de boire des coups avec des célébrités et de voyager dans des hôtels prestigieux autour du globe. La vie de rêve, quoi !

Enfin presque…

Comme tout le monde n’est pas né dans un palais, certains cherchent à se faire payer pour cette activité. Du moins par les professionnels. Un grand nombre de collègues fait preuve, en effet, d’une grande tolérance à l’égard des nombreux blogs qui se servent de leurs photos pour se faire une petite promo en ligne. Que dire dans un tel cas ?

J’ai tendance à ne rien dire. Si quelqu’un, sur sa page personnelle, ne tire aucune sorte de profit de mes images, et ne les fait pas mentir, je m’en moque. Quelque part, ce n’est pas déplaisant. Une signature au bas d’une photo, par respect, comme pour tout auteur, et on laisse couler. N’étant pas convaincu du bien fondé du système actuel et longtemps contributeur sous licence Creative Commons, je me vois mal pousser ma gueulante contre un bonhomme pour une de mes photos sur son blog. Lire la suite

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Une pensée pour Rémi

Place Tahrir, au Caire, le 26 novembre 2011.

Place Tahrir, au Caire, le 26 novembre 2011.

– V for Victory ?
– Yes… No… Yes ! but also for Victims !

C’était place Tahrir, il y a tout juste un an. La révolution connaissait une de ses semaines les plus violentes depuis la démission de Moubarak, en février 2011. J’apprenais le métier dans ce contexte, et pour rien au monde je n’aurais voulu être ailleurs, trop heureux de tenter de saisir l’historicité du moment.

Ce jour-là, j’étais aux côtés de Rémi Ochlik pendant la manifestation. Il avait déjà quelques années de métier et un talent fou. Je n’avais qu’à l’observer bosser et regarder son editing en rentrant à l’hôtel pour m’en convaincre. C’était un exemple à suivre, devenu aussi un ami. Il me filait parfois quelques conseils, toujours bons à prendre. Et ce soir-là, il m’a dit avoir aimé deux photos dans ma série du jour, dont celle-ci. Elle est pour lui.

Rémi est mort le 22 février 2012, lors du bombardement du centre de presse de Homs, en Syrie. Il avait vingt-huit ans.

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