Archives de Tag: Portrait

Pour toi, Manuel Valls…

Adam, Montpellier, octobre 2010.

Adam, Montpellier, octobre 2010.

Un visage que je n’oublierai pas, un regard trop dur pour un bonhomme de sept ou huit ans. Adam était un peu mon interprète au camp des rives du Lez, à Montpellier.

Je me souviens de la chaleur avec laquelle sa famille m’a toujours accueilli dans sa cabane : quelques planches de bois doublées de morceaux de carton, une sorte de poêle bricolé dans un tambour de machine à laver, puis des couvertures en pagaille. Et, à chacune de mes visites, un café, une soupe, un repas ou un peu de liqueur de prune…

Roms de Roumanie, plus personne ne sait aujourd’hui quel épithète leur donner. Avec moi, ils ont simplement été généreux. Et à une époque aussi triste que la nôtre, c’est déjà énorme…

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Najib

Sur la corniche de Casablanca, octobre 2011.

Sur la corniche de Casablanca, octobre 2011.

Je me demande parfois ce que je préfère : la photographie ou les rencontres qu’elle permet. Parmi elles, il y a Najib, un bonhomme avec un cœur énorme. Dans un rade minable de Casablanca ou sur la plage d’Aïn Diab, il nous arrivait souvent de refaire le monde autour d’un thé à la menthe. Je venais avec ma colère et lui avec son enthousiasme, mais le genre d’enthousiasme à faire passer la colère…

Najib était un puits de science, de ceux qui vous corrige dans votre langue maternelle et vous récite Molière en français comme en arabe classique. Il pouvait passer des heures à me raconter le Maroc, officiel ou refoulé : les grandes tribus juives, les comptoirs occidentaux sur les rives de l’Atlantique, le soulèvement des Sahraouis, la Régie marocaine du kif et du tabac, les bobos de Maârif, les magouilles du Makhzen… Il était aussi le seul à pouvoir me dénicher dans l’heure un anarchiste à Tanger ou un rabbin à Casa. Parce qu’il était ami avec l’un comme avec l’autre, le sectarisme n’étant pas son truc.

Puis vint l’automne, en novembre 2011. Un dernier coup de fil depuis l’aéroport, pour son anniversaire. Une affreuse mélodie de salle d’attente en fond sonore. Sa voix était faible et lointaine, mais ses paroles étaient claires : « Comme cadeau, tu me raconteras la Révolution égyptienne à ton retour… » Lire la suite

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