Archives de Tag: Printemps arabe

La race des guerriers

Jelloul Ben Hamida, coordinateur du Front populaire tunisien, et Riadh Ben Fadhel, élu du Front populaire à l'Assemblée nationale constituante, à Montpellier, le 8 février 2014.

Riadh Ben Fadhel, élu du Front populaire tunisien à l’Assemblée nationale constituante, à Montpellier, le 8 février 2014.

Le chanteur kabyle Matoub Lounès le répétait, avant d’être assassiné par le GIA, le 25 juin 1998 :

« Je suis de la race des guerriers. Ils peuvent me tuer mais ils ne me feront jamais taire. Je préfère mourir pour mes idées que de lassitude ou de vieillesse. »

Cette citation, Chokri Belaïd aimait la faire sienne. Avocat et cofondateur du Front populaire tunisien, il a dénoncé à de nombreuses reprises la poussée de l’islam intégriste en Tunisie. Il a été à son tour abattu par des islamistes, le 6 février 2013.

Mais ce soir, en écoutant quelques acteurs de la Révolution tunisienne à Montpellier, il semblait évident que si les hommes meurent, les idéaux demeurent. Non, la Révolution de la dignité n’est pas terminée.

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Les risques du métier

Clashs au Caire, le 25 janvier 2013, lors du deuxième anniversaire de la Révolution.

Clashs au Caire, le 25 janvier 2013, lors du deuxième anniversaire de la Révolution.

Les risques du métier ? C’est le titre d’un papier signé par Henri de Turenne, en 1950, lu dans Grands reportersPrix Albert Londres. Extrait :

« Sales, pouilleux, vêtus d’un manteau de poussière, une cinquantaine d’individus  hirsutes et barbus hantent les routes de Corée, l’appareil photo en bandoulière et le calepin à la main. Habillés de la salopette verte de l’armée américaine, ils attendent pendant des heures, assis sur le bord du chemin et entourés de la marmaille nue du village voisin, qu’un camion ou une jeep veuille bien les emporter vers un front qui n’existe pas. Les chauffeurs les ont prévenus : « Ici on sait qu’on arrive sur le front quand on vous tire dessus. » »

Voilà qui rappelle furieusement les articles de confrères pigistes ayant couvert le Printemps arabe en Libye ou en Syrie. Avec une différence notable : selon Henri de Turenne, les 271 journalistes en route pour couvrir la guerre de Corée étaient correspondants, donc salariés par leurs rédactions respectives… pour faire leur boulot ! Lire la suite

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Le CDI préserve-t-il des bombes ?

Ghetto de Varsovie, 1943, et ce n'est pas une photo de commande...

Ghetto de Varsovie, 1943, et ce n’est pas une photo de commande…

Cela faisait plus de quinze jours que je n’avais pas poussé de gueulante.

Mais c’était sans compter sur le Sunday Times, qui maintenant refuse de publier les photos d’indépendants prises en Syrie. À Rick Findler, qui avait déjà publié dans ledit journal et rentrait d’un troisième voyage en Syrie, le chef du service international a expliqué : « Depuis la mort de Marie Colvin [et Rémi Ochlik, le 22 février 2012, à Homs], nous n’envoyons plus de journalistes en Syrie. Cette politique s’applique aussi aux pigistes qui nous proposent des textes ou images. Et ce même s’ils sont rentrés sains et saufs, car cela pourrait être perçu comme un encouragement à prendre des risques inconsidérés. »

Un encouragement à prendre des risques inconsidérés, donc ? Voilà comment, dans un formidable mélange de bienveillance et de paternalisme, on explique à un photographe qu’il ne lui sert à rien de continuer à travailler dans un pays en guerre, qui plus est s’il n’est pas en commande, donc salarié, pour espérer diffuser ses photos, même si c’est un « très bon travail ».

Ce serait à mourir de rire si justement on ne mourait pas autant dans le métier… Lire la suite

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Une pensée pour Rémi

Place Tahrir, au Caire, le 26 novembre 2011.

Place Tahrir, au Caire, le 26 novembre 2011.

– V for Victory ?
– Yes… No… Yes ! but also for Victims !

C’était place Tahrir, il y a tout juste un an. La révolution connaissait une de ses semaines les plus violentes depuis la démission de Moubarak, en février 2011. J’apprenais le métier dans ce contexte, et pour rien au monde je n’aurais voulu être ailleurs, trop heureux de tenter de saisir l’historicité du moment.

Ce jour-là, j’étais aux côtés de Rémi Ochlik pendant la manifestation. Il avait déjà quelques années de métier et un talent fou. Je n’avais qu’à l’observer bosser et regarder son editing en rentrant à l’hôtel pour m’en convaincre. C’était un exemple à suivre, devenu aussi un ami. Il me filait parfois quelques conseils, toujours bons à prendre. Et ce soir-là, il m’a dit avoir aimé deux photos dans ma série du jour, dont celle-ci. Elle est pour lui.

Rémi est mort le 22 février 2012, lors du bombardement du centre de presse de Homs, en Syrie. Il avait vingt-huit ans.

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